Dans le bel espace qu’offre la Galerie Espace Liberté, Véronique Bonnier présente l’exposition « Ceci est ma terre », constituée de son travail de ces deux dernières années et exposée en partie à Chambéry en novembre 2023. Depuis, toujours nourrie par ce thème, l’artiste a enrichi l’exposition présentée aujourd’hui. Le titre provient du long poème Beauté Noire, de Romaine Moreton, poétesse aborigène, emblématique de ses sources d’inspiration actuelles.
Les cultures ancestrales encore pratiquées dans diverses régions du monde ont gardé ce lien originel et étroit avec le monde qui nous entoure. Ce retour aux sources, ce lien primordial avec notre environnement, est le moteur de Véronique Bonnier depuis longtemps, et précisément à travers ses créations récentes exposées ici. On pourra lire deux poèmes qui l’ont fortement inspirée : un extrait de Beauté Noire, et les paroles d’une chanson du groupe No Mad, Les Loups au loin, d’inspiration chamanique, écrite par Pierre Dodet, l’auteur de prédilection du groupe drômois. Sensible aux forces de la matière, aux liens étroits qui nous relient au vivant quel qu’il soit, l’artiste accueille ces textes et s’en nourrit. Elle ressent la houle de l’océan, le souffle du vent, la sève des arbres, l’odeur de la terre, la poussière, la vibration des astres. Elle y répond sur la toile, miroir de son élan intérieur.
Inspirée par certains vitraux contemporains, l’artiste voit en eux un symbole dans les lignes noires qui traversent la composition en reliant les sections vitrées, l’idée d’un tissage entre les êtres dans leur diversité. Elle l’intègre à son langage pictural. Sur certaines toiles, les cernes larges guident fermement le mouvement général de façon nette et puissante. Sur d’autres toiles, les plus récentes, l’artiste use d’une palette en demi-teintes et texturée. Les formes débordent, se chevauchent, irriguées par un tissage de lignes ténues, de vaisseaux sinueux et vibrants, un maillage vital, souple et léger où circulent une multitude de touches colorées, comme portées par le courant d’une rivière.
Dans son travail à l’encre sur papier Véronique va à l’essentiel. Sur les petits formats ou sur les grands kakémonos accrochés à la structure en branches de noisetier (encore un symbole), seuls restent les collages et le dessin. Un graphisme subtil tisse un réseau de vaisseaux, de lignes nervurées, dans une composition aérienne, légère, vivante.
Dans les alcôves, on découvre ses allégories figuratives un peu plus anciennes où l’on reconnait cependant les textures et les cernes : Sororité (2021), thème d’une exposition collective sur le thème de la fraternité, et Molière en trois actes (2022), fresque inspirée par le 400ème anniversaire de la naissance de Molière. On y verra les dessins préparatoires et, pour Sororité, des tirages en sérigraphie d’art.
Véronique Bonnier nous donne à voir ici la diversité de son travail et de son talent, ainsi que les valeurs et les thèmes qui la portent. Une artiste accomplie et toujours en mouvement.
Bonne visite.